x x x x x x x

 

 

 

 

 

 

 

 

x
Stéphane Marcault par Olivier Saillard

En 1998, alors pensionnaire à la Villa Médicis dans la section scénographie Stéphane Marcault ne répond pas au titre de couturier et pourtant il présente une succession de vêtements accrochés à des cintres standards.
De formes simples, comme issue d'un vestiaire collectif où le tablier, la robe à balconnet ou encore le kimono se font face avec légèreté cette typologie exposé n'aurait rien à envier aux vitrines des boutiques luxueuses que l'on peut trouver non loin de là. 
Ce n'est qu'apparence car ce qui constitue le motif répété, digne d'une impression industriel n'est rien d'autres que l'accumulation de papier d'emballage au graphisme suranné ou complexe qui sert d'ordinaire à envelopper les fruits et principalement les oranges. De ces papiers plus légers qu'une plume, plus froissable qu'une mousseline Stéphane Marcault en a conservé une multitude qui l'accompagne de résidence en résidence. Au gré des étapes le stock d'images populaires à l'iconographie joyeuse s'enrichit sans jamais s'alourdir.
Sélectionnées par thématique, par pays d'origine, le couturier sans aiguille les apprécie pour leur propriété collective. Il est de ces objets populaires qui appartiennent à tout le monde et qui une fois détournés de leur utilisation première ne devienne que plus éloquent aux yeux de tous. 
Aux robes volatiles que certaines clientes japonaises se procureront, sans doute pour les porters et pour y consacrer une mode d'un jour SM adjoint une collection de sacs uniques. Selon le même procédé ils se couvrent de papiers polychromes qu'une couche transparente de colle rend résistants aux intempéries. Les quelques professionnels de mode qui pouvaient avoir douté du statut des robes et autres costumes périssables ne douteront pas un instant des nouveaux contenants ainsi transformés.
A New-York la boutique "Language" propose d'en réunir une quarantaine à l'occasion d'une exposition-vente, puis c'est en France au Salon professionnel "Who's Next" qu'un espace tout entier leur est impartie. Le musée de la mode et du costume, le palais Galliera, attentif à toute les vocations se porte acquéreur de plusieurs accessoires, devenus ainsi patrimoine inaliénable.
Quelques temps plus tard, la galerie du syndicat des fruits et des légumes à Paris ne pouvait mieux que quiconque parfaire à la présentation d'un travail reconnue dans l'utilisation récurrente des papiers criards auxquels il faut désormais étendre à la gamme. En effet les supports d'adaptation se font multiples. Lors de l'exposition où s'accumulent vêtements et accessoires comme autant de lampions à figure humaine, les papiers semblent s'être envolés puis posés sur d'autres matériaux qui évoquent toujours le sentiment de protection recherché. De l'habit à l'habitacle, SM pousse les limites corporelles de l'apparence et s'entiche d'un parasol, d'une tente et bientôt d'un mobile tournant d'où pendent les feuilles en grands formats trouvées récemment chez un fabriquant, leader du genre en Italie. Les installations, dès lors se font plus volumineuses et tendent vers une abstraction, davantage éloignée des premières Vespa  ou d'une voiture emballées selon le même principe du temps de la Villa Médicis.
Reste la sensation persistante de contaminer au maximum, par le motif, par la répétition, par la succession tout ce qui peut conduire SM à faire de lui un artisan de l'éphémère qui aurait choisi l'apparence comme expression.
Si fugace soit il ce travail à première vue vitaminé parle aussi de ce sentiments de perte et de disparition si particulier à l'envol rapide de ces papiers collectés.
Stéphane Marcault n'est pas un couturier ni un créateur de mode. Il est un artiste du paraître tout à l'écoute des vents, imperceptibles ou perturbés qu'il fixe d'un geste rapide ou dans la résine pour mieux en retenir le souvenir.

Ses vêtements sont des songes que nul sauf la bise ne saurait déranger.

Olivier Saillard
Responsable de la programmation au Musée de la Mode et du Textile
Février 2002.